Posté le: 21 Jan 2006 17:14 Sujet du message: FLAT EARTH SOCIETY
Un peu de publicité... Tapez “flat earth society + waleeco” dans la case idoine de votre moteur de recherche, et vous découvrirez plusieurs icônes d’une pochette d’album très colorée: celle d’un groupe nommé Flat Earth Society. Peut-être arriverez-vous à “déplier” les plus grandes (personnellement je n’y arrive pas), sinon cliquez sur ce lien: http://perso.wanadoo.fr/eric.carmes/FlatEarthSociety.jpg
«Le désir de travailler, de se perfectionner, se reflète dans leur musique toujours changeante. Leur catégorie est qu'ils n'appartiennent à aucune catégorie. Ils sont libres, réceptifs, et composent ce qu'il leur plaît de composer. Les onze titres de cet album vont d'un point à l'autre de l'étendue du Rock: hard rock, "good time music", folk, psychédélique — et même le raga et la musique médiévale —; tout cela avec l'excentricité qui les caractérise. Ecoutez seulement. Montez le son et écoutez. Non, la terre n'est pas plate. Mais quelle importance si elle l'était?» (Extrait des notes de pochette de l'album original)
Flat Earth Society est un groupe de Boston, plus exactement de Lynn, premier patelin au nord de la métropole. Fiche anthropomorphique?... Jack Kerivan (orgue, piano), Phil Dubuque (guitare rythmique, chant), Rick Doyle (guitare), Curt Girard (batterie), Paul Carter (basse). Mais qui est qui sur la photo?... Mystère! On sait encore que Kerivan est le principal compositeur et qu'il cosigne plusieurs morceaux avec Dubuque ou Doyle. Mais on ne sait rien de leurs antécédents, rien de leurs tribulations, rien de leur postérité, on connaît seulement la brève et singulière histoire que voici:
Un jour d'hiver de l'an 1968, la firme publicitaire Quinn and Johnson passa un contrat avec Flat Earth Society pour réaliser et un album et un indicatif pour leur client la F.B. Washburn Candy Company, fabricant de friandises. Ainsi l'on put trouver avec chaque barre de Waleeco (sorte de Bounty) un bon de commande pour un “Stereo LP Record album”; il suffisait de joindre en plus 1, 50$ et six emballages du dit Waleeco.
Ce produit, offert donc en prime, fut enregistrée au studio de Fleetwood, à Revere, et issue sur leur propre label. Il ne s'en est pas vendu des masses et le parcours discographique du groupe s'arrête là.
Evidemment, je ne possède pas l'original, qui paraît en avril, (même un exemplaire pourri vaut aujourd'hui 2000 balles), mais l'excellente réissue de Arf! Arf! Arf! records, petit Label de Middlebourg dans le Massachusetts. — Elle date déjà de 1993, et j'ai mis du temps pour la dénicher!
Croyez-moi, ce n'est pas bête adulation, cette galette est exaltante. Elle surprend notamment par le ton moelleux et féérique de plusieurs chansons: “Dark street downtown”, perle rare, ma préférée, sinueuse, et poétique, ruisselant d’accords de piano intrigants et mélancolique, une reprise cosy et délicate du “Midnight Hour” de Wilson Pickett (leur seul emprunt), “When you're there”, “Four and twenty miles”: pures ballades folk; la première acoustique, la seconde flirtant avec le style onirique de Tim Buckley. Quant au reste, il fleure bon le psyché-garage, cultivant ces atmosphères ouatées, opiacées où l'esprit aime à se chafrioler. Deux exemples: “Feeling much better”, placé en ouverture, qui nous promène au petit galop le long de dunes soyeuses, “I'm so happy”, qui tournoie en un manège nostalgique aux nitiscences bizarres. Argument supplémentaire !?... “Portait in grey”, un lent, long et labyrinthique instrumental, une composition calme, hypnotique, jazzy où se mêlent les sons vibrants de guitare et de piano électrique, ceux, “pastoraux”, d’une flûte à bec et les échos sourds de toms basse. _________________ carcamousse
Posté le: 18 Fév 2006 19:46 Sujet du message: UNITED STATES OF AMERICA
«Hmmm — We can make California good-time music in the back seat of my car
Hmm — Later I will tell you what it's like to be a star
Now you know I'm not the first one
And I cannot be the last
To kiss you apple cheeks
And run away into your past, but
We'll have good time-music,
Electric good-time music
California good-time music, hmmm, yeah.» — “The american way of love”
Welcome to America! Pas celle de l'oncle Sam, évidemment, mais celle, marginale, des bidouilleurs allumés et satiriques.
U.S.A., malgré un seul album à son actif, est l'un des groupes les plus novateurs avec le Velvet Underground et les Mothers of Invention. Ses membres, d'ailleurs, partagent avec ces derniers une grande dilection pour la musique contemporaine, à laquelle ils intègrent, avec maestria, toutes sortes d'éléments classiques, religieux et vaudevillesques. Mais c'est surtout par leur utilisation intensive, inouïe, de l'électronique qu'ils se démarquent de leurs pairs; allant jusqu'à proscrire l'emploi de la guitare électrique et confiant aux synthétiseurs la majeure partie de leur orchestration. Seul le plus obscur Fifty Foot Hose, un groupe de San Francisco, pratiquait alors une démarche comparable à la leur.
Les honorables représentants de cette formation ne sont évidemment pas des figures typiques de la scène pop. Etudiants en musicologie, ils font partie du contingent, disons... “sérieux”. Leur histoire, que je m'en vais narrer ci-après, est celle de Joe Byrd.
Joe Byrd fait ses études en Arizona — collège, puis université —, où il joue du country, puis du jazz. Au milieu des années 60, muni d'un diplôme de composition, il part s'installer à New-York.
Il y travaille comme arrangeur, producteur, enseignant, et enfin assistant de Virgil Thomson — auteur d'opéra et grande figure de la musique américaine. Passionné par l'électronique, par l'avant-garde — que représente alors Terry Riley, successeur de LaMonte Young —, ainsi que par le psychédélisme et la scène californienne, il traverse derechef le continent et s'inscrit à l'UCLA. En ce lieu fourmillant d'idées et d'activité, il poursuit, comme assistant technique, sa tâche d'enseignant, tout en étudiant l'acoustique, ainsi que la musique indienne (celle de l'Inde) et la psychologie.
A l'été 1967, il abandonne définitivement ses études pour fonder cet United States of America, dont les pionniers sont tout d'abord: son ex-petite amie, Dorothy Moskowitz (chant), Stuart Brotman (basse) et Michael Agnello, multi-instrumentiste. — Morowitz délassait New-York et la comédie musicale, comme chanteuse et compositrice; Brotman, lui, est connu pour avoir été le premier bassiste de Canned Heat (il devint aussi, un temps, l'un des membres de l'éclectique et fascinant Kaleidoscope); quant à Agnello, j'ignore son pedigree; il est seulement signalé pour ses positions radicales et son activisme politique.
Un an plus tard, Byrd et ses recrues signent avec Columbia. Mais lorsque les séances d'enregistrement débutent, Rand Forbes a remplacé Brotman, et Gordon Marron (violon électrique), Craig Woodson (batterie) et Ed Bogas (orgue, piano) suppléent Agnello. La production est confiée à un débutant: David Rubinson, déjà reconnu pour son travail sur le "Wow” de Moby Grape.
«Nous étions conscients de plonger dans le rock, sans réel connaissance ou expérience. Nous avions joué les œuvres de John Cage et Karlheinz Stochausen, de la musique africaine ou indienne, et je pensais que nous pouvions convertir cela en rock», dit Joe Byrd. Et pour se mettre au diapason, il écoute ce qui fétille dans l'air du temps: Country Joe and the Fish, Jefferson Airplane, Paul Butterfield Blues Band, Blue Cheer, les Beatles aussi. Mais demeure dans le style de la musique contemporaine, intégrant des éléments de musique indienne, japonaise, indonésienne, électrifiant la batterie, triturant les sons à l'aide de modulateurs... ce qui n'est pas toujours commode! Nous sommes en 1968, les synthétiseurs sont loin d'être au point; ils émettent parfois des sons étranges, inattendus; et U.S.A. se livre à de véritables expérimentations, des exercices de haute-voltige qui réclament l'assistance d'acousticiens et d'inventeurs, tels Richard Durrett et Tom Oberheim. Résultat: un “whizz” surnaturel, acidulé, dadaïste, hallucinant, qui zèbre tous les titres.
Mais toute cette science, cette ingéniosité étaient-elles vraiment nécessaires? «Dans l'ensemble, déclara plus tard Dorothy Moskowitz, l'album ne possédait pas une image unifiée et cohérente. Joe avait une vision homogène. Mais, avec le concours d'autres personnes, elle s'est diluée. Chacun avait son mot à dire. J'ai appris que l'on apporta l'album aux Beatles, qui l'écoutèrent, et demandèrent: “Qui est le groupe”. Si vous écoutez bien, chaque chanson se détache comme pour un show de variété.» — Elle a raison, les Beatles aussi. Mais c'est justement cet aspect «Broadway», cet éclectisme qui me plaît — éclectisme seulement comparable à celui des Fugs, avec “It Crawled Into My Hand, Honest”, paru la même année. «Aujourd'hui, poursuit-elle, vous diriez que c'est un mélange d'avant-garde et d'éléments de musique indienne. Alors, je n'étais pas sûre de ce que nous faisions. Mais cela faisait, sans doute, le charme principal du groupe. Nous portions sur la carte un territoire qui n'avait pas de nom».
Ecrits par Byrd et Moskowitz, les textes sont aguicheurs, urticants et satiriques; ils fustigent, comme ceux de Zappa, la vie «plastique» et conformiste du citoyen modèle. Leurs auteurs, qui se relaient pour les interpréter, sont tous deux compétents, mais l'on est surtout saisi par la voix étonnamment mélodieuse, nette et précise de Dorothy.
Afin de bien signaler le caractère acerbe et virulent de l'album, la pochette initiale montre un drapeau américain dégouttant de sang. Naturellement, Columbia s'oppose à une publicité aussi injurieuse. C'est finalement un cercle de photographies des musiciens frappé d'un médaillon où s'inscrit leur patronyme qui voit le jour en mars 1968.
Les opinions quant à ses qualités s'avèrent distinctes et catégoriques: louange ou rejet. D'un point de vue commercial, les résultats sont honorables: l'œuvre atteint la 181ème position de charts.
Pour la tournée promotionnelle, pas de souci: les exécutants sont capables de répliquer leur album avec brio; leur seul problème est de trouver une audience. Cela va sans mal en des lieux aussi prestigieux que la Corcoran Gallery à Washington D.C., mais il n'en est pas de même ailleurs, où ils se retrouvent appariés à des groupes trop dissemblables — comme les Troggs. Souvent ils se font huer et même houspiller. Moskowitz raconte qu'un jour qu'ils partageaient un show avec les membres du Velvet Underground, ceux-ci cognèrent sur leurs amplis. J'ai du mal à croire à cette anecdote. Mais puisqu'il est question du Velvet, signalons que Nico — qui alors avait quitté le groupe — tenta vainement, un peu plus tard, de se joindre à eux.
D'un autre côté, comme toute formation bourgeonnante et talentueuse, ils n'échappent pas aux éternels conflits de personnalité, aux problèmes de drogue, aux pressions commerciales, etc. Une acrimonieuse rivalité entre Byrd et Marron dégénère même, un soir, au Fillmore East, en pugilat. Un jour, en Californie, juste avant un concert, trois musiciens se font alpaguer pour possession de marijuana; laissant Byrd et Moskowitz dans l'obligation d'embaucher des suppléants. Bref, on ne peut que regretter de voir un groupe si différent patauger dans les lutulentes trivialités du show-bizz. Après nombre de disputes et de va-et-vient, le split est définitivement consommé fin 68.
Le plus grand responsable de cet échec est peut-être Joe Byrd lui-même. Aux dires de ceux qui le côtoyèrent, il était sans conteste caractériel et despotique. «Byrd était l'exemple le plus malsain du type qui veut tout diriger, il était vraiment bizarre et peu commode», relate Rubinson, se souvenant de tempétueuses séances de studio. Selon le principal intéressé, l'idée de créer une expérience radicale ne pût aboutir, car «trop de personnalités distinctes étaient assemblées», ainsi «chaque répétition se transformait en une thérapie de groupe». Et d'ajouter: «Une formation qui veut réussir à besoin d'une seule et acceptable identité. J'ai cherché à l'obtenir démocratiquement, en vain».
Rien de tel qu'un achat et une écoute assidue pour se forger une opinion. Et l'on peut soit acquérir la réeacute;dition d'Edsel (1997), soit celle de Sundazed (2004). Cette dernière est la plus attrayante, car elle n'offre pas moins de dix titres supplémentaires: six inédits, trois alternate takes et le flip side de leur unique single: “Osamu's Birthday”. Elle offre aussi un historique, fort détaillé, de Joe Byrd lui-même, la relation d'une entrevue avec Dorothy Moskowitz, ainsi qu'un maximum de photographies. Par contre l'édition d'Edsel contient les lyrics. L'idéal est d'avoir les deux!
EPILOGUE:
Joe Byrd rassemble d'autres musiciens, et c'est sous le nom de Joe Byrd and the Field Hippies que paraît, en 1969, un autre microsillon, “The American Metaphysical Circus”, toujours chez Columbia. Tiède pour les uns, stupéfiante pour les autres, cette œuvre, caméléonne, mais bien charpentée, aussi passionnante que la précédente, constitue une véritable suite. Le chant (en grande partie), est assuré soit par Joe Byrd, soit par une certaine Susan de Lange. Les textes demeurent excentriques et virulents; seul changement: l'emploi d'une guitare électrique. Après “Kalyani”, une mélopée étrange, labyrinthique, capréolée, surgissent des titres musculeux, réfulgents, bien calés dans l'air du temps, et des mélodies radieuses et romantiques. La seconde face est la plus désultoire, avec en entrée, un gospel zippy, hutin, puis une alternance de shmaltz et de ragtime. On atteint les cimes de volupté avec “The elephant at the door”, un hymne pop aux méandres envoûtantes et myrophores. Sur le plan commercial, c'est un fiasco.
Joe Byrd, en dehors d'un investissement croissant dans la production, continuera pourtant de réaliser d'autres albums de type expérimental, dont deux très insolites — sinon dans le fond, du moins dans la forme: “A Christmas Yet to Come” (1975), recueil de chant de Noël et “Yankee Transcendoodle” (1976), spicilège d'hymnes patriotiques.
En ce qui concerne Dorothy Moskowitz, sachez que l'on retrouve sa trace dans d'un album de Country Joe McDonald, “The Paris Sessions”, enregistré en 1972. Quant au sort des autres ménestrels, je n'en sais rien!
Voici maintenant une petite giclée de commentaires sur le contenu de “The United States of America” qui, j'espère, sauront vous affriander:
1/ “The American Metaphysical Circus”: Clin d'œil à “Sgt Pepper”, mais aussi à “For the Benefit of Mr Kite”, en avant la musique! Mais l'allégresse vire au cauchemar: la mélodie s'avance en crabe, doucereuse, perverse; les gizmos de l'électronique ululent comme les violons de “Psychose”; la frappe est compendieuse, appliquée; la voix tranche comme un bistouri; le texte est l'un des plus détraqués qui soit.
2/ “Hard coming love”: Du psychédélisme “boulet de canon”, volcanique et tourmenté; le synthé vrille, fouaille, fusille les tympans, la basse trépigne, la batterie martèle la cadence comme sur les galères. On pense à Jefferson Airplane.
3/ “Cloud song”: Dorothy nous emmène dans le ciel, là où tout est «calme et volupté». Un pur moment de bonheur, d'harmonie, de douceur, que rien ne vient bouleverser. Vous devriez apprécier le gazouillis du violon, le picotement de la harpe et cette voix, qui s'éploie limpide et angélique.
4/ “The gardens of earthly delights”: Un petit tour sur le scenic-railway du paradis encapsulé par Owsley. Plutôt le bad trip , si l'on s'en tient au texte: les flashes scintillent bizarrement, les ectoplasmes de l'imaginaire affichent une gueule de samouraïs atrabilaires.
5/ “I won't leave my wooden wife for you, Sugar”: Satire de la middle class: fouet, bondage d'un côté, vie douillette de l'autre, malgré une «femme de bois»: vitriol de la dérision, embardées du dixie, vieux sons clownesques de machines de fête foraine.
6 / “Where is yesterday”: C'est l'heure du recueillement, mes frères — et du doute, le long des méandres de l'oubli, dans la traîne du Temps, qui referme soigneusement les portes derrière lui, janitor mesquin et consciencieux.
7/ “Coming down”: Acide et pétaradant. Ça démarre comme un titre du Chocolate Watch Band; on croit entendre de la fuzz . La basse bondit, folâtre. J'adore les cinglantes patoches de la charleston.
8/ “Love for the dead Che”: Feutré, nostalgique, édenique. Ah ! l'accordéon, les violons, le doux martèlement des congas: un autre moment de grâce et de beauté, qui devrait vous propulser au-dessus de la marécageuse réalité.
9/ “Stranded in time”: Ça s'élance comme un morceau des Move, léger et bondissant. C'est vraiment une pop tune , parfaite et réjouissante. Le texte, tendre, déconcertant, évoque, une fois de plus, les jours enfuis.
10/ “The american way of love”: L'Amérique en deux parties, en deux lieux: New-York, la grande polis factice, sordide et délétère; la Californie, celle des Beach Boys — «two girls for every boy» —, des stars d'Hollywood et des écrans perlés. Mais... chavirement, démembrement: parade et romance s'éparpillent en confetti.
SANS OUBLIER LES BONUS!...
11/ “Osamu's birthday”: L'appel des sirènes, mystérieux, envoûtant et essentiellement japonais. «Happy birthday Osamu» sussure Moskowitz avec un curieux timbre métallique; elle chante à l'envers, et la bande magnétique est passée à l'envers.
12/ “No love to give”: Une pop tune tumultueuse, survoltée, pleine de zébrures et de soubressauts.
13/ “I won't leave my wooden wife for you, sugar”: Une version trublionne, mi-country, mi-fête foraine, saturée de sons de bouternes et de machines de jeux.
14/ “You can never come down”: Staccato de guitare électrique, basse qui gambade... démo d'un aria pop que l'on retrouve sur “The American Metaphysical Circus”.
15/ “Perry pier”: De la pop suave et romantique: une fleur délicate au parfum British: une merveille!
16/ “Tailor man”: De la pop encore, moins “pastel”, plus conventionnelle, plus appliquée et, disons le mot, commerciale.
17/ “Do you follow me”: Une curieuse dérive vers le rock 'n' roll: guitare sèche, rythmique linéaire... pas d'extravagances, hormis un court passage plus “West Coast”: Jefferson Airplane et consorts.
18/ “The American Metaphysical Circus”: Version primitive, mais tout aussi anguillonneuse... «The price of the admission is your mind».
19/ “House (The garden of eathly delights)”: Une version plus doucereuse, la frappe de la batterie est plus feutrée, l'orgue perce et titille d'avantage.
20/ “Hersey (Coming down)”: Un orgue entêtant et “picador” flashe dès l'entrée. L'ensemble est moins pétéradant que l'original, mais tout aussi virulent. _________________ carcamousse
Je recherche depuis plusieurs années les disques (CD) évoqués précédemment :
- Bohemian Vendetta - Bohemian Vendetta (1968) édition originale
- Flat Earth Society – Waleeco (1969)
- Joe Byrd & the field hippies – The american metaphysical circus (1969)
mais également :
- Cold sun – Dark shadows
- Crome Syrcus – love Cycle (1969)
- Jade – faces of jades (1968)
- Freeborne – pink impressions (1968)
- Morning – Morning (1970)
- Morning – Two suns worth (1972)
- The national Gallery – Performing Musical interpretations of the paintings of Paul Klee (1968)
- Neighb’rhood childr’n - Neighb’rhood childr’n (1968)
- The night shadows – the square root of two (1969)
- Poe – up through the spiral (1971)
- Puzzle –Puzzle (1971)
- Rainy Daze – that Acapulco gold (1967)
- Tangerine Zoo - Tangerine Zoo (1968)
- Tangerine Zoo – Outside looking in (1968)
- Tea Compagny – Come and have some tea with the tea company (1968)
- The third estate – Years before the wine (1969)
- Unspoken world – Tuesday, april 19th (1969)
- Yellow pages – volume 1 (1969)
Quelqu'un a t'il déjà jeté une oreille sur une de ces galettes ou vu un de ces albums chez un disquaire ou dans une convention ?
Posté le: 21 Fév 2006 2:06 Sujet du message: Ah les listes!
Bonsoir, Pilou
Tu sembles être un discophile gourmand et, ce me semble, un lecteur assidu de l’œuvre de Philippe Thieyre?...
Je connais et possède seulement trois des albums figurant dans ta liste: celui de Neighb’rhood childr’n (enfin pas exactement: la compile Sundazed, en fait, qui doit-être encore disponible), et les deux albums de Tangerine Zoo (une copie que je dois à un ami). Les deux albums vont être réédités > http://tangerinezoo.homestead.com/indextz.html ; je te conseille vivement de les acquérir. Quant à Neighb’rhood childr’n, nous pourrions en reparler... Je les estime beaucoup, et je pense qu’ils auraient mérité un meilleur sort. Si tu es un fan des Beatles, tâche d’écouter leur reprise, psychédélique en diable, de “Can’t buy me love”.
Je cherche aussi Jade, Morning, The National Gallery, Unspoken World et Yellow Payges. A ma connaissance, ils ne sont toujours pas réédités. Mais il ne faut pas désepérer, la folie « revival » bat toujours son plein, et beaucoup de trucs “impossibles” finissent par resurgir des catacombes.
A propos des conventions, j’ai vu dernièrement le Flat Earth Society à celle de l’Espace Champerret (il doit aussi se trouver sur Internet, à des prix raisonnables). Si tu fréquentes ce genre de places, tu dois sans doute connaître Bull’ Disk. ( http://www.bulldisk.fr ) Le Bohemian Vendetta est disponible chez Freak Emporium. Quant à l’album de Joe Byrd & the Field Hippies, je n’ai qu’une réédition vynile; il existe pourtant en CD, mais je ne l’ai jamais trouvé. _________________ carcamousse
La gourmandise est un vilain péché mais comment résister à toutes ces sucreries des sixties.
En effet, comme toi, je suis un aficionado du psychédélisme et je remercierai jamais assez Philippe Thièyre pour son magnifique livre qui a élargi mon champ d'investigation.
J'avais également vu sur le site de "Tangerine zoo" que leurs disques bénéficieraient d'une réédition prochaine mais cette information est évasive sur la date prévue.
Comme toi, je fréquente les conventions de disques notamment à l'espace Champerret. La prochaine aura lieu le premier week-end d'avril, j'espère pouvoir m'y rendre (si ma petite famille me le permet) et trouver (enfin) quelques disques évoqués dans mon précédent message.
Posté le: 14 Mar 2006 0:45 Sujet du message: the David
" The David est le creuset où fusionnent l’énergie du genre garage, le faste de la pop music, les ondoiements du psychédélisme"
Cher Car,je te dois un grand merci...
En effet un ami m'avait refilé leur album (malheureusement sans les bonus) il y a maintenant deux ou trois ans et sur le moment ça ne m'avait pas plus emballé que ça,va savoir pourquoi,sans doute à cause d'un survol un peu trop hâtif tout comme mon jugement le concernant.
Après avoir lu la critique dithyrambique que tu as faite,je l'ai ressorti de la pile des disques remisés et je dois reconnaitre que cette galette , sans être un des grands disques des 60's , est tout bonnement jubilatoire! _________________ Mignonne, allons boire ça s'arrose...
Posté le: 18 Mar 2006 20:10 Sujet du message: LAZY SMOKE
«La paresse est le refus de faire non seulement ce qui vous ennuie, mais encore cette multitude d'actes — tissu de la vie, qui sans être à proprement parler ennuyeux, sont tous inutiles; alors la paresse doit être tenue pour une des manifestations les plus sûres de l'intelligence.» (“Carnets”, Henry de Montherlant)
«My life is one big lazy day
My mother taught me not to pray
Find someone else to make you see
My life is really not for free»
— The Left Banke, “Lazy day” (single, décembre 1966)
«Everybody seems to think I'm lazy
I don't mind, I think they are crazy
Running everywhere at such a speed
Till they find there's no need (there is no need)
Please don't spoil my day
I'm miles away
And after all
I'm only sleeping»
— The Beatles, “I'm only sleeping” (Revolver, 1966)
«Here I'm here
It takes so long
Here I'm here
I can't go one
You say that daisy is your favorite flower
Just like the daisies I'm lazy
No no no no no I can't go on
No no no no no I can't go on»
— Lazy Smoke, “Come with the day” (Corridor of faces, 1969)
LAZY SMOKE:
Lazy Smoke est un groupe étiqueté “psychédélique”. A la faveur d'une époque où souffle un vent libertaire, où la conscience et l'imagination se portent vers des horizons inattendus, ses membres, tous natifs du Massachusetts — région fertile en trublions excentriques et talentueux — s'appliquent à créer un œuvre singulier, paisible, opiacé, émollient pourrait-on dire, à la croisée des douces mélodies de The Left Banke et des Beatles. Leur épopée, comme nous l'allons voir, sera courte, et ne laissera en gage à l'histoire qu'un unique L.P.: “Corridor of Faces”. — Trente ans plus tard, un label américain, Arf! Arf! Records, le publie en CD: une superbe réédition avec story, photos et démos inédites, à laquelle manque seulement la pochette originale; d'icelle je puise mes informations.
“Corridor of Faces” fut engendré durant l'été 1968, avec de faibles moyens, techniques comme financiers: un budget dérisoire de 1000 $ couvrant toutes les étapes de la production. Lorsqu'il paraît quelques mois plus tard, en mars 1969, le groupe n'existe plus; et ce au grand dam de son principal compositeur, John Pollano (guitare rythmique et chant), ainsi que de leur label, Onyx, mis dans l'incapacité d'assurer une promotion efficace. Résultat, un flop retentissant: à peine cinq cents exemplaires vendus. Avanie supplémentaire: la qualité du pressage s'avère très inférieure à celle du recording originel.
L'histoire pourrait buter sur cette note encyclopédique si les années passant, et les esprits s'enlisant dans l'amertume et la nostalgie, n'avaient donné naissance à ce fameux “revival” qui, le temps s'ajoutant au temps l'ayant prouvé, n'est plus seulement une affaire de birbes agrippés au feeling de leur époque, mais aussi de jouvenceaux fascinés par icelui. Ainsi l'an 1985 voit, en pressage vinyle, la ré-issue d'une galette devenue “culte” et dispendieuse parmi les collectionneurs — un bon exemplaire se négociant aux alentours de 1500 $. Cette fois les ventes s'avèrent plus conséquentes et bénéficient, à tout point de vue, à leur principal intéressé, John Pollano, qui depuis — malgré quelques avatars — s'était résigné à des occupations moins exaltantes que celles de musicien. Ce qui ne l'empêche nullement, alors, de demeurer sceptique quant aux motivations des acheteurs: «Is it the music that they really like or is it something about the minimum number of albums that exist?». Passons à l'historique.
1964: John Pollano à quinze ans, lorsqu'il est happé par le brio et le talent des Beatles, et sa mère, pour soutenir les aspirations qu'elle voit naître en lui, lui offre sa première guitare, une guitare électrique. En 1966, il rejoint les Road Runners, groupe de collégiens qui giroient autour de Salisbury Beach, une ville à l'extrême nord du Massachusetts — il y remplace le guitariste rythmique sortant. Avec lui, s'intègre un ami, et autre collégien, Mike Fedenyszen, qui assumera le rôle de chanteur. Le combo alors, outre les précités, se compose de Ralph Mazzotta (lead guitar), Bob Door (bass), Ray Charron (drums). Leur répertoire est orienté vers une pop catchy et pétulante, où figurent, en autres: “Lightin' strikes” (Lou Christie), “Black is black” (Los Bravos), “Kicks” (Paul Revere and The Raiders), “I feel fine” (The Beatles). Très vite, en ce cocon propice, vont s'épanouir et s'affirmer les dons de Pollano pour la composition, notamment avec la démo d'un premier single (“You don't understand” / “One light”); démo qui, à ma connaissance, n'a pas eu l'heur de voir le jour. En 1967, Mike Fedenyszen quitte le groupe pour des raisons connubiales. Il n'est pas remplacé, si ce n'est par Pollano, qui assure en plus les parties vocales. C'est à ce moment que le groupe décide de changer de patronyme. Leur choix étant influencé par la vogue des appellations farfelues et tarabiscotées, ils opteront finalement pour le peu encombrant et, somme toute, assez sobre Lazy Smoke: un nom approprié au style nonchalant et rêveur qu'ils allaient développer, et qui laissait planer un doute sur l'origine de cette “fumée”. Certes circonscrite, leur popularité ne cesse de croître; non seulement à cause de leur répertoire basé sur un assortiment de reprises vigoureuses — laissant peu de place à des ballades plus intimistes —, mais aussi grâce au caractère sociable et enjoué de Ray Charron. Pendant ce temps, John Pollano continue d'inventer et de parfaire des mélodies qu'il consigne sur un petit magnéto durant les heures de relâche; et qui deviendront la matière première de leur album.
En 1968, alors que son répertoire inclue “All along the watchtower” (à la manière de Jimi Hendrix), “To love somebody” des Bee Gees et “Younger girl” de Lovin' Spoonful, “la fumée paresseuse” s'aventure, à la faveur d'une tournée en Floride, à tester sur le public les harmonies ouatées et subtiles élaborées par Pollano. C'est aussi lors de cette pérégrination que ce dernier aura le loisir, et le bonheur, d'assister à un concert de The Left Banke, groupe chéri entre mille, dont il dira à quel point l'influence de leur péan, “Walk away Renee”, fut déterminante. Sur scène, ces derniers employaient un mellotron, et Pollano fut encore subjugué par la couleur et le panache que cet ancêtre du synthé donnait à leur prestation. Autre influence, celle des Beatles, bien sûr! et notamment leur album “Revolver”, dont l'instrumentation et les expérimentations inspireront quelques festonnages de bon aloi.
Retour sur la pochette de l'album:
A l'origine elle devait montrer les membres du groupe dans le couloir d'une galerie d'art, environnés de portraits peints. Finalement le résultat sera plus cheap. Déçus, et pour signifier que ce projet échouait à la poubelle, Mazzotta Pollano et Charron posèrent devant une décharge, où trois photos dudit projet sont épinglées. http://www.lysergia.com/LamaReviews/reviews2.htm#LAZY%20SMOKE
Après la débine Pollano et d'autres musiciens, baptisés The Owl, auront l'occasion de sortir un single, dont les deux titres sont, dit-on, d'une veine identique aux précédents. A l'hiver 1969, on retrouve Pollano à Boston, où il enregistre douze chansons qui, hormis le single prévu (“You always seem to know” / “It happened again”) issu lors de la réédition de “Corridor of faces” en 1985, attendent encore leur parution. Un petit bond dans le temps pour atteindre 1995, année qui marque la résurrection-surprise de Lazy Smoke pour un album de réunion, “Pictures in the Smoke”, paru chez le prestigieux Columbia. (Une séquelle, “Dream Street” — Pollano et d'autres musiciens? — semble être restée à l'état d'intention). Ralph Mazzotta, lui, fera partie de Heavy Equipement, une formation tiraillée entre le heavy metal et le psychédélisme, dont l'unique album, “Euclid”, paru en 1970, vient de se voir attribué l'honneur d'une réédition.
Pour conclure, voici mes impressions poétiques sur chacun des titres de “Corridor of Faces”:
“All these years”: Une intro caillouteuse, mais guillerette, une guitare au son lourd et compact... oui! ça démarre comme une pop tune roborative et capricante, puis ça se distend, ça dérape, ça se relâche en un tempo soua-soua, avant que de repartir de plus belle, comme la nature repart au printemps.
“How was your day last night?”: Encore une valse-hésitation entre le rock 'n' roll et l'indolence, la course effrénée et «le train de sénateur». Notons l'utilisation, très syndicaliste, d'un mégaphone.
“Come with a day”: Ce rythme pesant de cheval de labour, renâclant, un peu; ce son de guitare, rond et potelé, un peu fêlé; et cette mélodie languide: tout se condense et luit en une aura de bien-être et d'ensoleillement.
“Salty people”: Molletonneuse et sybarite ambiance, fumet tout oriental... ce son de guitare couinant tel un sitar... et ces chuchotis féminins, scandées comme une incantation: grande merveille! Cette cantilène mérite, sans conteste, l'épithète de psychédélique; c'est là ma favorite.
“Jackie-Marie”: Ô douce synaulie! Image bucolique d'étang tranquille: la surface de l'eau frisotte sous une brise qui ne parvient pas à remuer de gros nuages blancs et cotonneux.
“Under skys”: Ah! ce doux tapotement de l'intro, et cet essor si simple, si léger de la mélodie. Tout est aérien dans ce titre qui évoque les harmonies parfois suaves (“About You”) de Jesus and the Mary Chain, ainsi que celles de tous ces britiches “apographes” qui piochaient voluptueusement dans le répertoire de Big Star ou du Velvet Underground — Je pense à Perfect Disaster et à de météoriques combos tels Doctor Children ou East Village; sans doute devaient-ils connaître et apprécier Lazy Smoke.
“Sarah Saturday”: “Waiting at an ice cream parlour, Waiting Sarah saturday, hey, hey, Any time gigantic flowers are for Sarah Saturday, hey, hey!, Don't keep me waiting Sarah, Don't keep me waiting”. Alerte et serein madrigal influencé, avouera Pollano, par “Come and get it” (un titre que Maca offrira à Badfinger). J'adore le saupoudrage un peu jazzy de l'orgue: ce son aigrelet et rudimentaire.
“There was a time”: Ça débaroule, et ça folâtre, souriant! Beatles again! the Lennon's side. Un bien court momus que ce titre; le meilleur selon Pollano. J'adore le final effiloché et “couaceur”.
“Am I wrong”: Paisible et champêtre. Un cramignon pour pêcheur à la ligne, un pêcheur contemplatif qui laisse flotter bouchon et regard le long de la rivière, mire les reflets changeants du soleil, tandis que le drumbeat, petite truite furtive, remonte le courant.
“How did you die”: Là aussi, on peut repérer, la patte des Beatles, et le romantisme de John Lennon. Les clameurs en play-back, la tessiture un peu rêche de la voix s'ajustent bien à cet “Auld Lang Syne”, cette galipette “fin de récital”, un peu tristounette, un peu facile aussi. _________________ carcamousse
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Dernière édition par car le 09 Juil 2007 9:55; édité 2 fois
Je possède la même réédition que toi. On peut en effet regretter l'absence de la pochette originale. Disque à conseiller à tous les amateurs des Beatles et de pop en général.
Bon ben voilà, j'ai cherché beaucoup des disques dont on a parlé ici et franchement je suis déçu.
Je me suis ennuyé à mourir en en écoutant la plupart.
Je croyais glisser le long d'un immense Helter skelter et puis quoi ?
Un tobogan ridicule dans un jardin d'enfant miteux.
Je retourne à mes Of Montreal et à leur "Coquelicot...."
je note que la longueur des posts concernant le psychédélisme est égale à celle d'un morceau du Grateful Dead. Hasard ? Coïncidence ? _________________ Going where you're eating big faces
Bend down and eat your shoelaces
Les longs morceaux ne sont pas légions dans sa discographie. Américan beauty et workingman's dead sont composés de morceaux country rock assez court, assez proche des flying burrito brothers de gram parsons ou du neil young période after the gold rush.
Ce groupe "de merde" est adulé par des personnalités assez différentes comme David byrne (un autre groupe de merde que talking head), david thomas (pere ubu, idem) ou beck.
La période psychédélique de ce groupe de merde est assez radicale et innovante et mérite que l'on y jette une oreille plus attentive. Aoxomoxoa est un album vital du rock américain et fait partie de ma liste des meilleurs albums du rock américain, au même titre que le canapé du velvet.
Que David Byrne ou Pere Ubu aiment ce groupe me laisse à penser qu'il y a effectivement de bonne choses chez les Grateful dead.
Je n'ai retenu que la partie "concert de 6 jours non-stop" ambiance de bikers qui puent des pieds.
Posté le: 28 Avr 2006 22:16 Sujet du message: Nova Local
NOVA LOCAL
«See the flowers, see the pretty, pretty flowers
You pick them for hours, if you only had the time
See the children, see the littlle, little children
You can pay attention to them, if you only had the time
Waste your life away and one day you’ll find
You’re missing things, missing things all the time
Is it much, too much to ask
Not to hide behind the mask
Blocking things out of your mind
It seems to me to be unkind, unkind.»
— “If only had the time” (Rand Winburn)
De g. à dr.: Bill LeVasseur, Joe Mendyk, Jim Opton, Cam Schinhan, Randy Winburn
A la fois tributaire du British sound des années 64/65 et de la vague flower power, Nova Local oscille entre les harquebouzades débraillées de la blue eyed soul, les pétulants feux de Bengale du psychédélisme et les splendeurs illécébrantes de la pop orchestrée.
Les membres de Nova Local sont originaires de Chapel Hill, un bourg de la Caroline du Nord, au Sud-Est des Etats-Unis, près des monts Appalaches, du moins les quatre premiers d’entre eux: Randy Winburn (guitare rythmique et chant), Bill LeVasseur (batterie), Phil Lambeth (guitare), Jim Opton (basse), Joe Mendyk (première guitare), Cam Schinhan (claviers); ces deux derniers rejoignent le groupe lors de la réalisation de son unique L.P., suite au départ de Phil Lambeth; Joe Mendyk a joué avec Tri-Power, The Better Days and The Warlocks. En 1964, on trouve The Shadows avec Randy Winburn, Bill LeVasseur et deux autres étudiants; lorsque ceux-ci s’en vont Phil Lambeth et Jim Opton se proposent de les remplacer. L’année suivante, ils se rebaptisent The Luved Ones. Randy Winburn est le compositeur et le leader.
The Luved Ones (de g. à dr.): Jim Opton, Randy Winburn, Phil Lambeth, Bill LeVasseur
The Luved Ones jouent lors de nombreux bals et, bien sûr, pour tous les clubs d'étudiants de la région, notamment le Phi Mu Alpha, mené par leur bassiste. Un jour, fin 66, ce club organise un concert pour alimenter les caisses de l’université et décide de marquer le coup en engageant, par l’intermédiaire de la William Morris Agency, Chad and Jeremy, un duo anglais connaissant beaucoup de succès aux Etats-Unis; naturellement The Luved Ones assurent la première partie. D’autre part, il est convenu que Rob Heller, l’un des représentants de l’agence vienne écouter le groupe.
Il est emballé. Dès la fin du concert, il propose aux musiciens de les diriger. Bientôt, à l’instigation de B.B. Saunders, alias Len Chandler, artiste folk, connu pour son activisme politique, qui co-produira quelques-unes de leurs chansons, ils adoptent le nom de Nova Local; sans doute du titre du roman de Williams Burroughs, “Nova Express” (1964), bien que personne n’en soit certain. Puis avec l’aide d’Elliott Mazer* — qui deviendra leur producteur —, ils obtiennent un contrat d’enregistrement avec Decca. Des sessions ont lieu en décembre, à New-York durant lesquelles sont enregistrés quelques démos et les deux titres qui seront la matière d’un premier 45 tr à l’été suivant: “If you only had the time” et “Games”, roborative pop song dotée d’une frappe des plus excitantes, alliance réussie de Them et de Who. “If you only had the time” (que je décris plus loin) devient un hit mineur en Caroline du Nord, et se fraye un chemin sur les ondes européennes.
A l’été 1967, ils retournent à New-York pour enregistrer de nouvelles sessions. Jim Opton raconte l’étrange «crainte» dont le groupe est alors l’objet: une rumeur lui attribuant quelque chose de «spécial». Ainsi le studio est fermé aux visiteurs, et personne n’est autorisé à emporter une copie des prises réalisées. Fait historique: c’est la première fois qu’est utilisé le système Dolby NR; ainsi qu’un mystérieux “Cateroeternally Live Sound”, du nom de l’ingénieur du son, Fred Catero. Ils jouent aussi dans quelques clubs, ainsi qu’en divers endroits, tel le parc d’attractions de Palisades Park (N. J.) où ils sont acclamés par une cohorte d’adolescentes avides d’autographes.
Lorsque les vacances s’achèvent Phil Lambeth quitte le groupe, préférant se consacrer à ses études de droit. Viennent alors Joe Mendyk (première guitare) et Cam Schinhan (claviers), c’est avec eux que, l’hiver suivant, les séances reprennent.
L’album, “Nova 1”, voit le jour au printemps 1968 (et non 1967 comme souvent indiqué dans les discographies), il est accompagné du single “John Knight's body” / “Other girls”. Seule la face A figure sur l’album. La face B, (que je ne connais pas) est décrite comme un twist joyeux et chaleureux rappelant à la fois Neil Diamond et The Young Rascals. Quant à l’album, soyons dithyrambiques, ses meilleurs morceaux soutiennent la comparaison avec le galvanisant contenu des premiers Electric Prunes. Détails:
“5 $ a ticket”. Un son d’aéronef échappant à la pesanteur, rompu par un riff tranchant, martial, suivi d’un trille robotique sur lequel s’élève la voix pointue de Randy Winburn: bonne entrée en matière pour une pop song éclatante, étayée par un orgue fluide, sinueux, acidulé, armé d’une fuzz vipérine s’élançant en un court, mais exaltant solo.
“If only had the time”.Cueille le jour avant qu’il ne soit trop tard est le message de cette joyeuse et dynamique chanson. L’album en donne une version remixée, délaissant l’intro; il n’empêche! cette mélodie, vaillante, directe, émouvante! ces chœurs transparents, diligents! cette guitare carillonnante! ce duo basse/batterie trottinant sagement! cette rumeur où infusent cor et clarinette!... l’on se dit que son succès aurait dû être plus grand. Suivent “Yascha Knew Deli Intimately”, un court intermède, extravagant, un peu free jazz, un peu “Revolution”, et “A Visit From It, The King”, une ballade acoustique, champêtre et bucolique.
“Tobacco Road”. Un classique de John D. Loudermilk, une lugubre et dolente complainte. «I was born in a bunk, Mother died and my daddy got drunk, Left me here to die or grow, In the middle of Tobacco Road»... Répétant les trois premières strophes, les musiciens alternent une lenteur lancinante et des tempos frénétiques où domine une fuzz rêche et crispée: sept minutes d’entêtant chagrin!
“Hitch hike”. Le tube de Marvin Gaye, sans flûte, sans chœurs féminins: une version carrée, presque heavy, au riff cogneur et caustique, lacérée par une guitare aux sons tordus et sulfureux, un orgue tout aussi acide et déjeté, qui s’apaise pourtant un moment, devient folâtre et sémillant.
“Morning dew”*. Un classique du folk, dont Tim Rose délivre une version tout aussi fulgurante, et qui évoque les ravages d’une explosion nucléaire: «Walk me out in the morning dew, my honey, Walk me out in the morning dew today, Can't walk you out in the morning dew my honey, Can't walk you out in the morning dew today!». Elle surpasse haut la main les deux autres reprises: la frappe du batteur est empressée, tenace, précise; la basse bourdonne, nerveuse, égrisante; l’orgue est mouvant, lancinant, corrosif; les guitares s’entortillent, derviches, foreuses, inébriantes; la voix étincelante de Randy Winburn se double d’échos fluctuants et hypnotiques.
“Forgotten man”. «Day after day it’s the same shaking hands, Here people say what’s his name, what’s it sounds, The forgotten man».Voici la triste complainte de l'homme oublié. Portée par un arrangement de cordes enchanteur, lunevillée d’accords de sitar et de clavecin, elle évoque les compositions les plus délicates des Beatles; Randy Winburn la chante avec une ferveur exceptionnelle et les chœurs sont d’une émouvante justesse.
“Dear Jimi”. Un titre dédié à Jimi Hendrix: une pirouette “reverse tape”, une passerelle pour le titre suivant.
“And I remember”. Un rythmn ‘n’ blues aux éclaircies pop, piqueté d’accords de piano et mené par un riff de guitare trapu et athlétique.
“John Knight's body” — «I’m much to young to have to die, Why I’m here, don’t ask me why, It’s a mistake I’ve been framed, Please for my sake don’t let me hang». La complainte d’un homme accusé de meurtre servie par une pop song alerte et racée: violons, sitar, percussions, un peu de piano, quelques ricochets sonores et une brève transformation en air de valse.
Une nova est une étoile jetant un brusque éclat dans le ciel, un éclat si intense qu’elle paraît surgir de la voûte céleste; le groupe aura été à cette image, un feu splendide et passager, et cette dernière chanson, la plus exquise, la plus chatoyante, laisse au cœur un immense regret.
Le label Radioactive a réédité cet album, malheureusement en omettant les faces B des 45 tr., ainsi que la face A du premier, la primitive version de “If only had the time”.
On trouve aussi quelques chansons de Nova Local sur différentes compilations, aux Etats-Unis et en Hollande.
De g. à dr.: Jim Opton, Bill LeVasseur, Cam Schinhan, Randy Winburn, Joe Mendyk
Epilogue:
Après l’enregistrement, Cam Schinhan et Jim Opton quittent le groupe. Ils sont un moment remplacés, puis, n’obtenant aucun soutien de Decca (pas de tournée promotionnelle) manquant de ressources financières, Nova Local se désagrège peu à peu. Winburn trouve un job à CBS, à New-York, et devient réalisateur. En 1975, il migre vers Hollywood, travaille pour les studios Paramount et enregistre un album solo. En fait, parallèlement à sa profession de cinéaste, il ne cesse de poursuivre des activités musicales, espérant un succès qui joue l’arlésienne. Bill LeVasseur s’oriente vers la publicité. Il tient aujourd’hui un Bed & Breakfast à Mexico. Son fils Jason est musicien et le fondateur de Life in General; sur un album de reprises paru en 2001, “The lovely, lovely singing”, il interprète “If you only had the time”; son père l’accompagne à la batterie. Cam Schinhan enseigne «par-delà les mers», dit Jim Opton dans un interview. Joe Mendyk, travaille comme producteur; il possède aujourd’hui un petit studio d’enregistrement près de New Haven. Jim Opton occupe divers emplois, «principalement dans la vente», dit-il dans la même interview. Enfin Phil Lambeth, ayant réussi ses études de droit, exerce en Caroline du Nord.
Je tiens à remercier Rand Winburn pour son aide et sa gentillesse. Son intérêt pour la musique est intact, l’une de ses dernière chanson, “Have Patience” figure sur “Big Indie Comeback, Vol. 2.”, une compilation éditée en Angleterre par Matchbox Recordings. D’autre part, un CD portant le même nom, et comprenant onze titres, est disponible sur Corgi Boy Records, www.corgiboyrecords.com . Son nom est Rand aujourd’hui, non Randy, et il est dévoué à la religion du Christ.
En complément, je vous invite à visiter ce site bourré d’éloges, de témoignages et d’informations:
* Une chanson écrite par Bonnie Dobson (artiste folk peu connue), intitulée aussi “Take me for a walk”. Enregistrée en 1962, mais non publiée, elle est inspirée de “On the beach”, un film dépeignant les conséquences d’une guerre nucléaire. Le premier à l’interpréter fut Fred Neil en1964 (alors en duo avec Vince Martin), apportant quelques changements de paroles. Aux dires de l’auteur ce sont ces changements que, reprendra Tim Rose sur son premier album en 1967. Autres reprises: celle de Grateful Dead, sur leur premier album (1967); de Jeff Beck, sur “Truth” (1968); et celles que je ne connais pas: de Lulu, Episode Six (futur Deep Purple), Clannad, Dave Edmunds, Nazareth, The Allman Brothers. _________________ carcamousse
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